Le Matricule des Anges, magazine littéraire

   Le mensuel de la littérature contemporaine
acheter le Matriculeabonnementoffrir un abonnementanciens numeros

Les articles       

Le Fredon
de
Olivier Gadet
Climats
12.20 €


Article paru dans le N° 030
mars-mai 2000

par Pierre Hild

*

   Le Fredon

D'Olivier Gadet, éditeur singulier de la maison Cent pages, on connaissait la plume tranchante et pamphlétaire de J'emmerde le monde, libelle pourfendant les rédacteurs du "mondélivres". Aujourd'hui, autre face d'une figure intransigeante, voici un roman, Le Fredon, dont il ne faudra pas attendre, non plus, qu'il caresse son monde -et le lecteur- dans le sens du poil consensuel.
Un homme, vieux, malade, soliloque dans un "cabanon", perdu au coeur d'un douteux pays normand à la géographie de girouette. Pour recevoir, comme un crachoir, la parole interminable de cet homme revenu de tout, de rien, "non avenu", un fils, muet, improbable. Entre eux, sur ce qui se dit, un soupçon constant qui flotte et renforce la seule évidence martelée, entêtante, du discours du père : "nous parlons mais nous ne disons rien de bien neuf".
À la noirceur du propos -"chacun vaque dans sa propre souffrance, chacun pend au bout de sa corde"-, l'humour noir fait écho -"avant, les temps n'étaient pas forcément meilleurs mais plus reculés". C'est un peu une scène d'un théâtre à la Beckett, portée par une langue dont la phrase évoque Bernhard; un peu de cela poussé par un jusqu'au-boutisme qui ne s'autorise ni le brio de la pensée, ni l'esthétisme : un état de langue, proche de la déréliction.
Voilà au pied de la lettre, une littérature de l'épuisement. Face à l'épuisé qui jouit encore de la parole en proclamant "Rien de ce qui se dit ne m'intéresse, rien de ce qui se raconte ne retient mon attention. Il y a la pluie, il y a le beau temps, les nouvelles le petit va-et-vient", nouveau type de bavard, se développe un texte du refus, du piétinement, qui, sur une arête, ressasse le lieu commun pour l'épuiser.
"Rien de bien neuf"
, pas si sûr. Le lecteur, même abasourdi, énervé par un texte qui le rejette jusqu'à frôler le pied-de-nez, résistant, aura vécu une plongée radicale dans l'espace ténébreux que peut ouvrir et arpenter une parole malade et "désoeuvrée".

Olivier Gadet
Le Fredon

Climats
165 pages, 80 FF

Le Fredon de Olivier Gadet

 

 

 

 

pub

 

© Le Matricule des Anges et ses rédacteurs

Pierre Hild

accueil l Le Matricule l courrier l forum l l articles l auteurs l vidéos